La confusion entre maladie réelle et symptômes fabriqués défie parfois les diagnostics les plus expérimentés. Certains troubles s’expriment par des comportements qui échappent aux classifications habituelles et remettent en cause les limites du soin. L’entourage, souvent démuni, est confronté à des situations où la souffrance psychique prend des formes inattendues.
Les conséquences peuvent traverser les générations, amplifiées par des histoires familiales lourdes ou des ruptures de confiance. Dans certains cas, ces mécanismes conduisent à des évolutions rapides et dramatiques de l’état de santé, en particulier chez les personnes âgées.
Le syndrome de la grand-mère : mythe ou réalité derrière ce terme intrigant ?
Au fil des années, l’expression syndrome de la grand-mère a trouvé sa place dans le vocabulaire médical et familial, sans jamais obtenir la légitimité d’une définition officielle dans les grandes classifications des troubles du comportement. Ce terme, un peu valise, désigne des situations où une figure maternelle, souvent une grand-mère, parfois une mère ou un autre proche, exprime une sollicitude débordante, teintée d’alarmisme, envers l’enfant ou les enfants du cercle familial.
Les médecins évoquent parfois un rapprochement avec le syndrome de Münchhausen par procuration : la personne va inventer ou amplifier des symptômes chez l’enfant, appelant ainsi l’attention des parents, du corps médical ou du voisinage. Distinguer une prévenance sincère d’un trouble psychologique réel n’a rien d’évident. Il n’existe aucun critère universel pour séparer la vigilance maternelle de comportements pathologiques.
Certains gestes et attitudes peuvent alerter. Voici les manifestations les plus fréquemment observées chez une personne touchée par le syndrome de la grand-mère :
- multiplication injustifiée de rendez-vous médicaux,
- présentation de troubles inexpliqués chez l’enfant,
- insistance sur la fragilité supposée de l’enfant auprès des médecins,
- tendance à écarter les parents du processus décisionnel.
La frontière entre ce syndrome et d’autres troubles du comportement, notamment les troubles factices ou le syndrome de Münchhausen, reste floue. Les professionnels insistent sur la nécessité d’un regard attentif, pour éviter la double peine : erreur de diagnostic et jugement hâtif envers les aidants.
Syndrome de Münchhausen par procuration : comprendre ses mécanismes et ses conséquences
Le syndrome de Münchhausen par procuration (SMpP), aussi appelé Munchausen syndrome by proxy, fait figure d’exception dans la famille des troubles factices. Il s’agit d’un trouble rare mais redouté : un adulte, le plus souvent la mère, simule, provoque ou amplifie des symptômes chez un enfant, cherchant à obtenir l’attention ou la sympathie du corps médical, de l’entourage, parfois même des institutions.
Derrière ces comportements, un mécanisme psychique complexe se trame. Manipulation du récit, consultations à répétition, voire induction réelle de pathologies chez l’enfant à travers des actes médicaux inadaptés : la recherche de reconnaissance ou d’une place valorisante de « soignant » guide souvent, à l’insu même de la personne, l’ensemble du processus.
Les conséquences peuvent être lourdes : erreurs de diagnostic, traitements inutiles ou dangereux, errance médicale pour l’enfant. Le lien mère-enfant s’en trouve bouleversé, parfois durablement. Les équipes médicales, pour leur part, font face à un double défi : repérer le syndrome de Münchhausen par procuration sans jeter le soupçon à tort, tout en garantissant la sécurité de l’enfant.
D’autant que le SMpP peut se cacher derrière une façade irréprochable. Face à cette complexité, la vigilance, la collaboration entre professionnels et une approche nuancée s’imposent pour protéger les plus vulnérables.
Traumas transgénérationnels : comment l’histoire familiale influence les comportements
Le trauma transgénérationnel s’infiltre dans la vie familiale, souvent sans bruit. Lorsque survient un événement marquant, guerre, exil, violences, deuil, il laisse une empreinte sourde qui se transmet, parfois, bien au-delà du premier cercle. L’enfant grandit au contact de peurs non dites, de rituels incompris, de silences pleins. Ce fardeau invisible influence ses perceptions et ses réactions.
Plusieurs mécanismes expliquent la transmission des troubles d’une génération à l’autre. Voici les principaux schémas identifiés par les cliniciens :
- la répétition inconsciente de schémas éducatifs,
- l’existence de tabous autour d’un épisode douloureux,
- l’adoption de mécanismes de défense forgés dans l’urgence ou la peur.
Chaque famille s’invente ses stratégies pour affronter l’adversité. Parfois, la surprotection, la méfiance ou l’évitement s’installent, de façon quasi rituelle, sur plusieurs générations. Ces comportements, nés d’une nécessité, peuvent freiner l’émancipation psychique des enfants devenus adultes.
Le psychiatre Boris Cyrulnik insiste sur le pouvoir de la parole : mettre les événements en récit, c’est amorcer la réparation. La démarche thérapeutique mise sur ce travail de mise en mots, pour repérer les troubles hérités de l’histoire familiale et ouvrir la voie à l’autonomie de chacun.
Reconnaître les signes du syndrome de glissement chez les personnes âgées pour mieux agir
Quand le syndrome de glissement s’invite dans la vie d’une personne âgée, le basculement est souvent brutal. Ce trouble, discret parfois, entraîne une dégradation rapide de l’état de santé : perte du goût pour les activités, désintérêt pour les proches, détachement vis-à-vis de la nourriture ou de l’hygiène. Souvent, tout commence après un choc : hospitalisation, deuil, changement d’environnement.
La personne âgée s’isole, se tait, peut refuser les soins. L’autonomie s’effrite, la mobilité décline, et le risque de complications s’accroît : infections, escarres, dénutrition se profilent. Voici les signes qui doivent alerter l’entourage et les soignants :
- Perte d’appétit et amaigrissement rapide
- Refus de communiquer ou retrait social marqué
- Abandon des gestes quotidiens (toilette, habillage)
- Léthargie ou sommeil excessif
La vigilance des médecins, mais aussi celle des auxiliaires de vie et des proches, fait souvent la différence. Savoir repérer un syndrome de glissement, c’est s’attacher aux signaux faibles : changement d’attitude, ralentissement, tristesse inhabituelle. Il s’agit alors d’agir vite, de mobiliser l’entourage et les professionnels pour tenter d’enrayer cette spirale descendante. Un geste, une parole, peuvent parfois inverser la tendance et redonner à la personne âgée le goût de se battre.


