Identifier facilement une ellipse narrative dans un récit

Une intrigue qui grince, un fil narratif qui s’effiloche sans prévenir : souvent, la faille se loge dans la frontière ténue entre ellipse narrative et véritable trou narratif. C’est là, dans ce jeu d’équilibriste entre trop et trop peu, que bien des récits se perdent.

Si vous pensez que quelque chose ne va pas dans l’intrigue de votre roman, vous devez peut-être faire attention à la différence entre les ellipses narratives et le trou narratif.

par Ferdinando Morgana

L’information d’une histoire

Votre récit, celui qui habite vos pages depuis des semaines ou s’invente à mesure que vous écrivez, s’articule autour d’une intrigue. Pour la bâtir, le temps investi fluctue : parfois quelques minutes à esquisser une trame (peu convaincant), parfois des jours (pas mieux), et plus souvent, des semaines à l’affiner, à la retoucher au fil de l’écriture. Là, on commence à toucher quelque chose de consistant.

Peu importe l’ampleur de l’histoire, elle s’appuie sur un agencement d’événements, une galerie de personnages, des descriptions, des enchaînements. Le tout prend place dans un contexte défini, qu’il soit unique ou multiple, contemporain ou passé. Chacun de ces éléments constitue une information précieuse. Ce sont ces informations que vous offrez à votre lecteur pour qu’il trouve sa place, qu’il comprenne qui agit et pourquoi.

Transmettre ces éléments n’a rien d’anodin. Trop souvent, on relègue ce processus au second plan, alors qu’il se situe au cœur de l’acte d’écrire. Donner des informations, c’est choisir ce que l’on dévoile, ce que l’on suggère, ce que l’on tait.

Or, il existe un écueil double. Vouloir tout expliquer, jusqu’à l’évidence, glisse vite vers un paternalisme étouffant. À l’inverse, priver le lecteur d’éléments clés, sous prétexte d’entretenir un mystère, risque de le perdre en route. L’équilibre ne s’improvise pas.

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L’ellipse narrative

L’ellipse, c’est l’art du saut. Un espace ménagé dans le récit, un segment manquant que le lecteur comble sans effort grâce à la logique. Si l’on voit un personnage franchir la porte d’un café, puis, plan suivant, marcher dans la rue avec un gobelet à la main, nul besoin d’explication. On comprend : le café a été commandé, payé, emporté. La narration avance, allégée de détails superflus.

Voilà l’ellipse narrative : elle allège le récit, stimule le lecteur, lui permet de compléter ce qui n’est pas dit. Ce n’est pas une absence, mais une invitation à relier les points.

Chaque récit use de ce procédé. À chaque page, l’auteur décide ce qu’il montre, ce qu’il suggère, ce qu’il laisse dans l’ombre. Sans ça, les romans deviendraient interminables, noyés dans l’accumulation, comme une carte reproduisant la réalité sans filtre.

Nous faisons continuellement des ellipses narratives, nous choisissons toujours ce qu’il faut dire et ce qu’il faut omettre lorsque nous racontons une histoire.

Si ce n’était pas le cas, nous serions sans cesse verbeux, nos histoires seraient comme une carte de la réalité à l’échelle 1:1.

L’ellipse narrative ressemble à cet effet visuel : le triangle de Kanizsa. Ce que vous ne tracez pas explicitement fait émerger une forme, rend visible une figure, précisément grâce à l’espace laissé vide. Ce vide, loin d’être un manque, possède autant de valeur que les informations explicites.

(en parlant de narration : vous trouverez ici ma sélection de manuels et de textes utiles pour ceux qui veulent écrire de la fiction)L’illusion d’optique du triangle de Kanizsa

Le trou narratif

En face, le trou narratif n’a rien d’un choix maîtrisé. C’est une brèche, un véritable manque d’information qui empêche le lecteur de suivre la logique de l’histoire.

Qui n’a jamais refermé un roman en se demandant, page après page, qui est ce personnage qui surgit sans explication ? Ou pourquoi, soudain, tout le monde se réjouit sans qu’on saisisse la raison ? Ce malaise ne relève pas du suspense, mais d’une faille dans la transmission des repères nécessaires.

Un trou narratif se repère facilement : il suffit de s’interroger. Est-il possible de comprendre ce qui se trame, uniquement à partir des éléments déjà donnés ? Si la réponse est non, le récit a laissé filer une information indispensable.

Prenons un exemple. Une porte s’ouvre, des personnages accueillent quelqu’un avec enthousiasme, mais le lecteur n’a aucune idée de qui vient d’entrer. Si l’identité reste floue bien après cet événement, il s’agit clairement d’un trou narratif.

Autre cas : l’héroïne se sort d’une situation impossible grâce à une performance sportive hors norme, puis lâche nonchalamment « je suis gymnaste olympique ». Si ce détail n’a jamais été évoqué auparavant, le lecteur se retrouve piégé par une révélation sortie de nulle part.

Certains éléments structurants ne peuvent pas être passés sous silence. Quand ils interviennent, ils doivent être préparés, semés plus tôt dans le texte. Pour cela, une seule solution existe : reprendre le texte, retravailler, réécrire jusqu’à ce que la transmission des informations soit fluide.

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(Ici, nous avons parlé de la nécessité de réécrire plusieurs fois)A trou d’information classique

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Restez attentif à la frontière subtile entre ce que vous choisissez de montrer et ce que vous taisez. Une histoire bien bâtie, c’est celle qui laisse respirer l’imaginaire sans jamais lâcher la main du lecteur.

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