L’absence d’un enfant à l’école lors d’une grève des enseignants ou d’un épisode de canicule soulève une question précise : l’obligation scolaire s’applique-t-elle de la même façon dans les deux cas ? Le cadre juridique distingue nettement ces deux situations, avec des conséquences directes pour les parents, que ce soit vis-à-vis de l’école ou de leur employeur.
Grève et canicule : deux situations, deux cadres juridiques distincts
| Critère | Grève des enseignants | Canicule / forte chaleur |
|---|---|---|
| L’école reste-t-elle ouverte ? | Oui, un service d’accueil est organisé | Oui, sauf arrêté municipal ou préfectoral de fermeture |
| Qui décide d’une fermeture ? | Non applicable (l’école ne ferme pas) | Le maire (écoles primaires) ou le préfet, jamais le directeur seul |
| Absence de l’enfant justifiée ? | Non, si l’accueil est assuré | Non, sauf décision officielle de fermeture |
| Seuil déclencheur légal | Déclaration de grève + service minimum | Aucun seuil de température fixé par la loi |
| Droit du parent salarié | Pas de congé spécifique prévu par le Code du travail | Pas de congé spécifique prévu par le Code du travail |
Le point commun entre ces deux situations est frappant : le Code du travail ne prévoit aucun congé lié à la fermeture d’école, que la cause soit sociale ou climatique. La différence se joue du côté de l’Éducation nationale et des collectivités.
Obligation scolaire et canicule : aucun seuil de température dans la loi
L’instruction est obligatoire pour tous les enfants de 3 à 16 ans en France. Cette obligation ne comporte aucune exception liée à la température extérieure. Aucun texte réglementaire ne fixe un nombre de degrés au-delà duquel les établissements scolaires seraient automatiquement fermés.
Si un parent décide seul de garder son enfant à la maison pendant un épisode de forte chaleur, l’absence est considérée comme injustifiée. Le directeur d’école peut la signaler, et les procédures habituelles pour absentéisme scolaire s’appliquent.

La fermeture d’une école pour cause de canicule relève d’une chaîne de décision précise. Pour les écoles maternelles et élémentaires, c’est le maire, en coordination avec la préfecture, qui prend un arrêté de fermeture. Le directeur d’école ne dispose pas de ce pouvoir. Pour les collèges et lycées, la décision revient au préfet ou au recteur d’académie.
Tant qu’aucun arrêté officiel n’est publié, l’école reste ouverte et l’obligation scolaire s’applique normalement.
Absence enfant école en cas de grève : le service minimum d’accueil
La loi du 20 août 2008 a instauré un droit d’accueil pour les élèves des écoles maternelles et élémentaires. Lorsqu’un enseignant est en grève, la commune doit organiser un service d’accueil dès lors qu’un certain nombre d’enseignants d’une école ont déclaré leur intention de faire grève.
Ce service d’accueil change la donne pour les parents. L’école ne ferme pas : elle propose un encadrement, même si ce n’est pas un enseignement au sens strict. L’enfant peut donc être accueilli, et son absence n’est pas justifiée par la grève elle-même.
Les établissements doivent informer les familles au moins 24 heures avant la grève sur l’organisation prévue. Cette information porte sur le maintien ou non des cours et sur les modalités d’accueil.
Ce que le service minimum ne couvre pas
- Les collèges et lycées ne sont pas concernés par le droit d’accueil : si l’ensemble des enseignants d’un établissement secondaire est en grève, aucune obligation d’accueil ne pèse sur la collectivité
- Le service d’accueil n’est pas un cours : il s’agit d’une surveillance, pas d’un enseignement dispensé par un remplaçant
- Dans les petites communes, l’organisation du service peut s’avérer difficile par manque de personnel disponible, ce qui peut conduire à des situations où l’accueil n’est pas effectivement assuré
Droits du parent salarié face à une école fermée
Ni la grève ni la canicule ne donnent automatiquement droit à un congé au parent salarié du secteur privé. Le Code du travail est silencieux sur les fermetures d’écoles, quelle qu’en soit la cause.
Les options concrètes pour un parent du secteur privé se limitent à quelques dispositifs :
- Poser un jour de congé payé ou de RTT, sous réserve de l’accord de l’employeur
- Solliciter un aménagement ponctuel (télétravail, modification d’horaires), sans que l’employeur soit tenu d’accepter
- Utiliser un congé pour enfant malade si l’enfant présente des symptômes liés à la chaleur, mais ce congé est réservé à une situation médicale réelle

Agents de la fonction publique : le nouveau cadre des ASA
Pour les agents publics, un nouveau cadre d’autorisations spéciales d’absence (ASA) s’applique à partir du 1er janvier 2027. Le décret n° 2026-604 du 6 juillet 2026 structure le régime des ASA liées à la parentalité.
Le plafond de l’ASA « soin ou garde d’enfant » est fixé à 6 jours par an à temps plein, avec proratisation pour les temps partiels. Ce plafond est doublé pour le parent isolé. Cette ASA concerne la garde d’un enfant de moins de 16 ans ou en situation de handicap.
En revanche, cette autorisation ne vise pas spécifiquement les fermetures d’école. Elle couvre plus largement les situations où un agent doit assurer la garde de son enfant, ce qui peut inclure une fermeture ponctuelle.
Droit de retrait et chaleur au travail : une confusion fréquente
Certains parents invoquent le droit de retrait pour quitter leur poste et aller chercher leur enfant lors d’un épisode caniculaire. Ce droit, prévu par le Code du travail, concerne le danger grave et imminent auquel le salarié lui-même est exposé sur son lieu de travail. Il ne s’applique pas à la situation de l’enfant scolarisé.
Le droit de retrait pour cause de chaleur au travail n’est lui-même lié à aucun seuil de température précis dans le droit positif. L’appréciation se fait au cas par cas, en fonction des conditions réelles d’exercice. L’employeur est tenu à une obligation de prévention, mais le salarié ne peut pas quitter son poste au motif que l’école de son enfant est trop chaude.
La distinction est nette : le droit de retrait protège le salarié sur son propre lieu de travail, pas son enfant dans un établissement scolaire. Garder son enfant à la maison pour cause de chaleur, sans fermeture officielle de l’école, expose à la fois à un signalement d’absence injustifiée côté scolaire et à une absence non autorisée côté employeur.

